Mawda, l’ouverture du procès d’un policier, en attendant celui de nos politiques

28 novembre 2020

Mawda – Ouverture du procès

Ce lundi s’ouvre le procès de “l’affaire Mawda”, du nom de cette petite fille Kurde tuée d’une balle dans la tête par un tir policier lors d’une course-poursuite sur l’autoroute en mai 2018. Ce procès est primordial afin de connaître les raisons pour lesquelles un policier a décidé d’ouvrir le feu sur une camionnette remplie de migrants, en dépit des risques énormes que cela pouvait comporter.

Parallèlement au travail de la justice qui cherchera à établir les responsabilités judiciaires, nous ne pourrons faire l’impasse sur les innombrables questions politiques liées au contexte ayant rendu un tel drame possible. En effet, qu’on le veuille ou non, le drame de la mort de la petite Mawda est directement lié à la question de nos politiques migratoires. Il serait indécent et incompréhensible de ne pas questionner cette politique après la mort d’une fillette de 2 ans, qui fut d’abord victime de la guerre en Syrie, puis des passeurs et enfin d’une intervention policière sur le territoire belge.


Quelles furent les instructions comprises par les policiers lors des opérations « Medusa » ( du nom de la gorgone qui pétrifie quiconque ose la regarder) ? Pourquoi des policiers belges ont-ils fait courir des risques insensés aux occupants d’une camionnette, alors que celle-ci était pourtant équipée d’une balise de géolocalisation placée dans le cadre d’une enquête franco-belge? Pourquoi le premier rapport d’autopsie, excluant erronément l’hypothèse d’une blessure par balle, s’est-il basé sur un entretien téléphonique? Pourquoi le parquet a-t-il communiqué largement le lendemain du drame en excluant l’intervention d’un tir policier ? Pourquoi le comité P n’a-t-il été saisi que 18h après le drame? Comment justifier les réunions de débriefing regroupant tous les témoins policiers principaux dans les jours qui ont suivi, et ce alors qu’une enquête était en cours? Comment justifier que des policiers aient pu interdire aux parents d’accompagner leur fille mourante dans l’ambulance ?
À l’époque, le simple fait d’avoir osé évoquer d’éventuelles responsabilités politiques, avait valu à Ecolo d’être taxé par certains de “populistes verts”. Alors que d’autres, depuis l’Hôtel de ville d’Anvers, s’étaient permis, sans honte ni dignité, de remettre la responsabilité sur les parents endeuillés. Pourquoi le simple fait d’évoquer ce drame est source d’accusations politiques polarisantes voire stigmatisantes ? Pourquoi questionner la responsabilité politique de ce drame est-il tabou ? 

Ces drames, ces vies arrachées, ces histoires – plus glaçantes les unes que les autres, qu’elles se terminent à l’arrière d’une camionnette, dans les eaux méditerranéennes ou à la frontière hongroise – ont bien entendu des causes politiques directes. Celles des trafiquants d’êtres humains qui récoltent chaque année 5 milliards d’euros en Europe. Il faut pouvoir dire que les racines de ces drames se trouvent dans cette politique migratoire qui dépense beaucoup plus à ériger des barbelés plutôt qu’à développer des voies sûres et légales de migrations.
Sur nos aires d’autoroutes, les personnes migrantes sont aussi à la merci des trafiquants parce qu’elles ignorent largement les droits qui sont les leurs sur la route de l’exil . Nombreuses et nombreux sont celles et ceux qui pourraient en effet prétendre à une protection internationale chez nous, sans avoir à payer des groupes criminels pour les emmener au Royaume-Uni.
La bonne volonté de certains parlementaires au sein de la majorité Vivalidi ne suffira probablement pas à provoquer un véritable sursaut vers une politique migratoire totalement différente, toutefois, je pense qu’aujourd’hui nous changeons enfin de cap, même si la destination reste très lointaine.
Avec Claire Hugon qui traite des matières  » Justice » au Parlement, mais aussi Cécile Thibault qui s’occupe du Comité P,
on ne lâchera pas, pour Mawda, Sémira, et beaucoup d’autres.
Dans son dernier ouvrage « On a tous un ami noir »,Francois Gemenne explique très bien :
« On se trompe en pensant que les gouvernements érigent des murs, des barrières ou des barbelés pour envoyer un message à celles et ceux qui se trouvent à l’extérieur ; en réalité, c’est à celles et ceux qui sont à l’intérieur qu’ils s’adressent »

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