Crise de l’accueil : moins de fake news, moins de calcul électoral, plus de courage politique !

22 septembre 2022

On ne peut pas se contenter de la situation tant qu’un seul candidat dort dehors. On ne peut pas vivre avec l’inacceptable. Il fait déjà plus que quelques degrés la nuit et l’hiver arrive. Des personnes dormiront dehors. C’est intolérable. Ce qu’il nous faut maintenant, c’est oublier un peu ce qui est intéressant électoralement et prendre les mesures nécessaires. Il faut avoir du courage politique. Et j’espère que la Secrétaire d’État en aura.

Aujourd’hui, la commission Asile et Migration se réunissait pour la énième fois autour de la « crise de l’accueil » qui empêche depuis des mois des centaines de personnes de bénéficier du droit d’asile, pourtant une obligation internationale s’il faut le rappeler.

La veille, je discutais dans une autre commission de l’épidémie de variole du singe et le constat était frappant : quand on parle de santé, on parle d’un problème, d’une réalité, et on vient avec des solutions. Quand on parle de migration, on parle d’un problème (la crise de l’accueil), d’une réalité (la souffrance des exilés et celle du personnel de terrain), mais avant d’arriver aux solutions, on passe par les fake news, le show politique, la mauvaise foi avant d’espérer des solutions. J’y reviens ci-dessous !

Depuis des mois donc, la Belgique est dans une crise de l’accueil. Il n’y a pas assez de place pour les exilés qui souhaitent introduire une demande d’asile et bénéficier de l’aide matérielle (un logement, de la nourriture) à laquelle ils ont droit. Pourquoi ?

  • Nous sommes dans des mouvements migratoires plus importants qui rattrapent en réalité les années Covid. Rien d’étonnant, et à priori rien d’insurmontable.
  • En Belgique, le traitement des demandes de titre de séjour, au sein du CGRA, est beaucoup trop lent : certains exilés reçoivent une réponse deux années après avoir introduit leur demande ! Pendant ce temps-là, ils « occupent » une place qui ne peut être libérée dans un centre Fedasil,
  • Car les précédents gouvernements (coucou Francken, coucou Charles) ont véritablement détruit notre réseau d’accueil en le sous-finançant, en retirant du personnel, des places d’urgences et en détricotant les liens indispensables avec les communes. Auparavant, le réseau d’accueil reposait à 40 % sur des ILA (initiatives locales d’accueil) alors qu’aujourd’hui nous sommes autour de 17 %.

Le résultat est donc que notre réseau d’accueil est saturé et que les perspectives futures ne montrent pas une amélioration de la situation. C’est inadmissible et ça sera d’autant plus inhumain que #WinterIscoming.

Durant le débat aujourd’hui en commission, je suis revenu sur plusieurs points et j’ai aussi voulu démonter quelques « Fake News ».

 

Au niveau européen :

 

« Ce n’est pas nous, c’est l’Europe »

La Secrétaire a rappelé l’adage connu depuis des années : la solution viendra d’une solidarité européenne. Je peux tout à fait reconnaître que la Belgique accueille, par habitant, un grand nombre de demandes d’asile et m’inscrire dans la perspective d’une solidarité européenne. Mais de quelle solidarité parlons-nous ? Nicole de Moor, comme la grande majorité des politiques actuelles, défend un renforcement du système de Dublin en contradiction totale avec cet appel à la solidarité. Comment peut-on imaginer qu’un système qui fait peser l’asile sur les pays d’Europe du Sud (puisque le « système Dublin » impose à un exilé de s’enregistrer dans son pays d’arrivée) soit perçu comme solidaire par les pays d’accueil ? Nous sommes à H-1 d’une victoire de l’extrême droite en Italie… et nous continuons à défendre une « solidarité » bien étrange. Il est temps de supprimer ce système injuste, et de le remplacer par une répartition solidaire entre pays du continent.

 

« 50 % des demandeurs d’asile sont déjà enregistrés ailleurs »

« Le shopping de l’asile », c’est avec ces mots que beaucoup de partis décrivent le fait que certains demandeurs d’asile ont été enregistrés ailleurs et seraient en fait capricieux en venant chez nous demander à nouveau l’asile. La réalité n’est pas celle-là ; la plupart de ces 50 % n’ont pas introduit de demande d’asile dans un autre pays européen, mais ont en réalité été « enregistrés » par exemple lors d’un sauvetage près des côtes italiennes ou grecques. Par ailleurs, certains exilés reconnus par exemple en Grèce n’ont aucune possibilité d’avenir dans un pays qui ne laisse aucune perspective aux réfugiés reconnus si ce n’est la rue. On pourrait encore parler des réfugiés de la communauté LGBT reconnus en Hongrie ou en Pologne qui, à juste titre, ne voient pas ces pays comme nouveau départ d’une vie meilleure. L’expression « shopping de l’asile » lancée par la NVA et reprise par bien d’autres est une méconnaissance de la réalité des exilés.

La Belgique va prendre bientôt la présidence de l’Union européenne. J’ai demandé à la Secrétaire d’État quelle allait être sa stratégie pour une réelle solidarité européenne ?

 

Au niveau national :

Une fois le « c’est pas moi c’est l’Europe » écarté, regardons la situation chez nous. Oui elle est complexe (voir ci-dessous), mais ça n’enlève rien à son caractère inadmissible et injustifiable. Le groupe Ecolo/Groen a déjà mis plusieurs mesures sur la table, certaines ont été reprises partiellement par la Secrétaire d’État que j’ai remercié pour cela. Mais tout reste à faire, des dizaines d’organisations de la société civile ont elles aussi mis des propositions concrètes sur la table.

 

Place d’hôtel : « Payer des places d’hôtel est trop risqué, cela créerait un appel d’air »

Outre que cette affirmation est totalement indécente (elle revient à dire à quelqu’un qui a fait des milliers de kilomètres, désolé, on va vous laisser dehors cette nuit, car on a peur qu’un lit chaud en attire d’autres comme vous), elle ne correspond pas à la réalité.
Qui peut le prouver cet appel d’air, qui a déjà sorti une étude qui montrait que le « confort » de l’accueil pendant quelques nuits dirigeait les personnes exilées dans leur choix de destination ? Personne ! Toutes les études le montrent, deux raisons orientent des personnes exilées dans leur migration : la diaspora des pays d’origine et les possibilités de débouchés en termes d’emploi. Pas les « aides sociales » et encore moins l’aide matérielle octroyée.

 

« Il n’y a pas assez de personnel pour ouvrir des centres »

Bon, là c’est vrai. La Secrétaire d’État a raison de rappeler que 4000 places d’accueil nécessitent 800 personnes à engager. 5000 places ont été créées ces derniers mois, ce qui porte à 32 000 places notre réseau d’accueil et à des centaines d’engagements. Comme beaucoup de secteurs, y compris ceux publics, nous sommes face à une pénurie importante de personnel. Mais des solutions ici aussi existent aussi ; par exemple, des milliers d’exilés non reconnus, qui vivent parfois ici depuis des années, pourraient être régularisés pour permettre un meilleur accueil des demandeurs d’asile. Ici aussi, la solution est inaudible politiquement, mais correspond pourtant à une évidence !

 

Des solutions efficaces, immédiates et concrètes :

  • Accélérer les décisions. Comme je l’évoquais en début de publication, certains publics restent inutilement pendant des mois, des années dans des centres Fedasil. Il faut par exemple accorder un statut de protection spécial aux Afghans, qui ne peuvent dans tous les cas pas être renvoyés en Afghanistan. C’est ce sur quoi planche l’Allemagne par exemple.
  • Un grand nombre de places dans des centres, normalement prévues pour les Ukrainiens, sont en réalité vides. Il serait logique de les utiliser pour tous les autres demandeurs d’asile.
  • Le fait que certains bourgmestres, tous partis confondus, rechignent à créer de nouvelles places et en diminuent même n’est pas acceptable. Il est urgent de reprendre un dialogue constructif avec les communes pour que plus d’ILA soient mises en place.

 

En conclusion :

La seule priorité, c’est celle du respect de l’humanité des demandeurs d’asile. La seule priorité, c’est celle du respect du droit international.
Les solutions pour sortir de cette crise, on les connaît. Les associations et les écologistes les proposent depuis des mois.

 

 

Photo : https://www.amnesty.be/infos/blogs/blog-paroles-chercheurs-defenseurs-victimes/journee-refugies

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